[Partage] Néonazis en Ukraine: un politologue censuré par un grand éditeur – Jérôme Blanchet-Gravel, Libre Média

Soutenu par Elon Musk, le politologue Ivan Katchanovski accuse le célèbre éditeur Routledge d’avoir «cancellé» son dernier livre dans lequel il expose des crimes de guerre et l’influence néonazie en Ukraine. Entrevue

Le politologue Canado-Ukrainien Ivan Katchanovski (Libre Média)

Originaire de l’ouest de l’Ukraine, Ivan Katchanovski a suivi un parcours académique remarquable, ayant notamment travaillé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis et à l’Université Harvard.

Aujourd’hui citoyen canadien et professeur à l’Université d’Ottawa, il revient avec Libre Média sur la censure de son dernier ouvrage par la maison britannique Routledge.

Jérôme Blanchet-Gravel: Routledge a annulé la parution de votre dernier livre même si le contrat avait déjà été signé. Pouvez-vous expliquer ce qui s’est passé?

Ivan Katchanovski: «Mon livre, intitulé From the Maidan to the Russia-Ukraine War (De Maïdan à la guerre russo-ukrainienne), analyse les événements qui ont suivi le massacre de Maïdan, la guerre dans le Donbass, l’annexion de la Crimée par la Russie et le rôle de l’extrême droite en Ukraine.

Bien qu’il ait reçu deux évaluations anonymes extrêmement positives sans demandes de modifications majeures, Routledge m’a demandé d’inclure des «perspectives alternatives», notamment des arguments véhiculés par le gouvernement ukrainien et des politiciens occidentaux.

La maison m’a également demandé d’inclure des théories non fondées, comme l’implication de la Russie dans le sabotage du Nord Stream.

Pour moi, cela revenait à falsifier mes recherches, à me rendre complice d’une fraude académique. Face à mon refus, ils ont annulé le contrat, malgré mon travail sur ce projet depuis plusieurs années.»

Il s’agit donc d’un nouveau cas de censure académique?

Ivan Katchanovski: «Absolument. Ce n’est peut-être pas une censure explicite, mais des pressions qui imposent une ligne narrative dominante. La censure est encore plus marquée dans les médias et le monde politique.

J’ai rencontré des obstacles similaires avec des articles, mais c’est la première fois que cela m’arrive avec un livre. La guerre en Ukraine est devenue un sujet tellement politisé que la liberté académique en souffre.»

Il est étonnant de voir un éditeur sérieux comme Routledge céder ainsi à la pression…

Ivan Katchanovski: «La maison veut éviter toute controverse avec les gouvernements occidentaux et Kiev.

Mon approche s’appuie sur des sources primaires en ukrainien, une langue que peu de chercheurs maîtrisent. Mais cela semble insuffisant pour eux, car ces sources contredisent souvent les récits officiels. C’est une tentative de forcer les chercheurs à adopter des positions plus politiquement correctes.

Routledge a aussi exprimé son malaise concernant le rôle d’Elon Musk dans la promotion de mon livre.

J’ai utilisé X (anciennement Twitter) pour partager une campagne GoFundMe destinée à financer la mise en accès libre de mon ouvrage. Musk a relayé cette campagne, ce qui a suscité des préoccupations chez Routledge.

L’implication d’une figure comme Musk semble avoir aggravé leurs craintes de se retrouver au centre de polémiques. Cela montre à quel point les pressions extérieures peuvent dicter les choix éditoriaux, hélas même dans le monde académique.»

Votre livre précédent a pourtant été publié sans problème. Quelle est la différence?

Ivan Katchanovski: «Mon dernier livre, The Maidan Massacre in Ukraine, a été publié par Palgrave Macmillan et est même disponible gratuitement en ligne

Cependant, From the Maidan to the Russia-Ukraine War traite de sujets considérés comme plus controversés, notamment le rôle de l’extrême droite en Ukraine et les crimes de guerre commis des deux côtés. Ces sujets sont souvent évités en Occident.»

La censure est-elle un phénomène nouveau dans votre carrière?

Ivan Katchanovski: «Pas tout à fait. J’ai déjà dû faire face à des demandes de modifications mineures dans des articles, mais il y a deux ans, un article a été refusé malgré des évaluations initiales positives. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du phénomène.»

Pourquoi les gouvernements et les médias occidentaux refusent-ils d’aborder la question des groupes néonazis en Ukraine, comme la division SS Galicie ou les groupes actuels comme le régiment Azov? 

Ivan Katchanovski: «Les raisons sont essentiellement politiques. Des groupes extrémistes ukrainiens, comme celui du militant ultranationaliste Stepan Bandera, ont collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, ils sont parfois utilisés comme des outils pour justifier la lutte contre la Russie. Ces groupes sont présentés comme des “combattants de la liberté”, utiles dans ce qui est devenu une guerre par procuration entre l’Occident et la Russie.

Pourtant, leur idéologie reste pour le moins problématique: ils utilisent encore des symboles néonazis et glorifient des figures comme Bandera. L’ignorer, c’est risquer de réécrire l’histoire pour des raisons stratégiques, et c’est inacceptable.

Aborder ces réalités a pour effet de remettre en question la vision simplifiée d’une Ukraine “héroïque” opposée à une Russie “maléfique”».

Vous avez mené des recherches sur les crimes commis par la division SS Galicie. Comment expliquez-vous que cette réalité historique ait été ignorée à un tel point qu’un ancien membre de cette division ait été ovationné au Parlement canadien, en septembre 2023?

Ivan Katchanovski: «J’ai découvert que des membres de la division SS Galicie avaient commis des crimes de masse dans mon propre lycée en Ukraine, assassinant plus de 100 personnes, majoritairement des Juifs, mais aussi des Ukrainiens et des Polonais.

Ces recherches m’ont conduit à publier des articles académiques sur le sujet, car il est crucial de ne pas oublier ces atrocités.

Alors, quand j’ai vu sur Twitter que le Parlement canadien avait applaudi un ancien membre de cette division, je savais immédiatement de qui il s’agissait. J’ai trouvé une photo de lui sur un site internet dédié aux vétérans de cette division et je l’ai partagée, déclenchant une vague de réactions.

Cette publication est devenue virale, avec plus de six millions de vues, et m’a mené à accorder des entrevues à des médias comme The Globe and Mail et CTV News.

Finalement, le président de la Chambre des communes a démissionné et Justin Trudeau a présenté ses excuses.»

Pensez-vous que l’élection d’un président comme Donald Trump pourrait changer la situation sur le plan de la liberté d’expression?

Ivan Katchanovski: «Cela m’apparait peu probable. Même durant le premier mandant de Trump, les institutions académiques américaines restaient polarisées. Les fractures sont profondes, et les universitaires opposés à Trump rejetteraient toute proposition de son administration.

Je suis préoccupé. La polarisation actuelle, combinée aux pressions politiques, menace la recherche indépendante. Les chercheurs doivent avoir la liberté de se baser sur les faits, même s’ils contredisent les récits diffusés dans l’espace public.»

Que prévoyez-vous de faire concernant votre livre?

Ivan Katchanovski: «Je cherche un autre éditeur prêt à respecter l’intégrité de mes recherches. En attendant, pour contourner ces barrières, je continuerai à publier mes travaux dans des formats accessibles au grand public» [fin]

L’article original

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  1. […] Nicolas stellt Ihnen Ivan Katchanovsky vor. Es geht um den Maidan. […]

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