À quoi jouent les “forces de l’ordre” ?

Bean Bags contre émeutiers

Le tireur réarme (Capture d’écran)

Dans la nuit du 29 au 30 juin 2023, une étrange vidéo apparaît sur les réseaux sociaux. L’action se situe dans le quartier de la Benauge, sur la rive droite de la Garonne, à Bordeaux. Des policiers ou peut être militaires, selon les commentaires du témoin qui filme, interviennent dans une rue où quelques bricoles brûlent sur la chaussée

(Captures d’écran)

Ils sont équipés d’armes longues, les canons couplés à des lampes torches bleues. Un fonctionnaire épaule, vise longuement et tire. Puis sans cesser de braquer son fusil en direction des cibles potentielles, il réarme et poursuit sa progression.

Une chose est certaine, l’objet n’est pas un lanceur de grenade, ni un fusil à pompe classique, les seuls, à mes connaissances limitées du maintien de l’ordre, qui projettent grenade lacrymogène ou balle de défense. Mais un fusil à magasin, puisque le tireur réarme.

J’ai une expérience prolongée de la grande faiblesse du QI moyen dans la Police nationale, sais aussi qu’aujourd’hui, le corps de direction manque singulièrement de sang froid dans les situations tendues, peut être facilement sujet à des crises de panique.

J’ignore encore quel est ici le projectile. Le témoin est convaincu d’observer un tir à balle réelle. Deux paramètres méritent d’être rappelés. Ces émeutes sont déjà l’expression d’une colère légitime, après le meurtre d’un mineur par le représentant d’une coterie recrutée au rabais, formée à l’avenant et rongée par l’extrême-droite. Les émeutiers peuvent aussi, si besoin, s’équiper d’armes de guerre et la pathétique prestation des forces de l’ordre et de l’armée, lors d’événements comme ceux du 13 novembre 2015, ont montré que dans leur immense majorité, ces fonctionnaires ne sont pas de taille à affronter une aggravation de la situation

L’arme serait un fusil à pompe Kel-Tec, dont le RAID est équipé. Le tireur aurait manipulé un levier, qui permet de sélectionner l’un ou l’autre des deux tubes de rechargement. Les munitions sont du classique calibre 12

Un étui retrouvé dans les rues de Lille au matin du 30 juin (réseaux sociaux)

Continuons de les surveiller étroitement.

Postscriptum

En calibre 12, au classique fusil à pompe ou par Kel-Tec, le RAID tire des Bean Bags [sacs de haricots], en réalité remplis de plomb, de sable ou billes d’acier, qu’un euphémisme administratif français qualifie de moyen de force intermédiaire [avant les tirs à balle réelle]

L’ONU prescrit de ne viser que le bas de l’abdomen ou les jambes, car un coup à la tête peut entraîner de graves lésions, voire la mort. Par atavisme ou sinon héritage génétique, la presse française est souvent peuplée de serviles porte-paroles des autorités. C’est pourquoi la presse étrangère est toujours la référence pour appréhender les événements français.

  • 30 juin 2023

Aimène Bahouh, 25 ans, est plongé dans le coma. À Mont-Saint-Martin (54), vers une heure du matin, il a été touché à la tête, quand fenêtre baissée, il s’apprêtait à faire le plein de sa voiture. Sur instructions du parquet local, une enquête a commencé. L’avocat de la victime a de plus déposé plainte pour tentative de meurtre. C’est de cette seule affaire dont la presse française parle le plus début juillet

(Capture d’écran)

Plus tard le même jour, à Marseille, le RAID allume Adrien Arbl, un journaliste qui filme. La munition est visiblement un Bean Bag.

  • 1er juillet 2023

Encore à Marseille, vers 0:50, Abdelkarim Y* est à pied lorsqu’un projectile le frappe au visage, lui fracture le nez et lui fait perdre l’oeil gauche. Le tireur est perché sur un véhicule blindé, probablement un fonctionnaire du RAID

(Arié Alimi)

Le parquet ouvre une enquête pour

violence en réunion ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente par personne dépositaire de l’autorité publique et avec arme

ce qui en Droit, signifie la cour d’assises pour le tireur.

  • 2 juillet 2023

Toujours à Marseille, Mohamed Bendriss, 27 ans, s’effondre et meurt quand il parvient à son domicile. Il circulait en scooter, a été impacté au thorax. Il a été visé après avoir enregistré des scènes d’interpellation avec son smartphone. Le parquet local a fait ouvrir une information pour violences volontaires par arme ayant entrainé la mort.

Voici un excellent compte Twitter, pour avoir une vision plus générale des performances des archers du guet [c’est ainsi que nous appelions les gardiens de la paix, brigadiers et autres majors, quand j’étais inspecteur] beaucoup plus vaillants et fanfarons contre des personnes sans arme, qu’ils ne l’ont été le 13 novembre 2015, à Paris, contre une poignée d’individus armés.

  • 8 août 2023

Plus d’un mois après les faits, cinq fonctionnaires du RAID sont placés en garde à vue à Marseille, dans l’enquête sur la mort de Mohamed Bendriss, dans la nuit du 1er au 2 juillet (cf. supra).

  • 10 août 2023

À l’issue de leur garde à vue, dans le cadre de l’enquête sur la mort de Mohamed Bendriss, dans la nuit du 1er au 2 juillet (cf. supra), trois fonctionnaires du RAID sont mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. La qualification est

violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner

ce qui devrait les conduire devant la Cour d’assises, au cas où la loi est la même pour chacun.

5 responses to “À quoi jouent les “forces de l’ordre” ?”

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